« Mon petit écho de campagne » : Pousse d’épinette
J’ai une véritable histoire de campagne à vous confier — une de celles qui s’accrochent aux pas, qui reviennent avec le vent et la mémoire. Elle naît au détour de mes escapades, au cœur d’une terre généreuse, et me mène parfois à la rencontre d’un trésor discret du patrimoine naturel du Berry : la bouchure.

Le genre d’histoire qui accompagne certaines de mes escapades cyclo et qui me donne encore parfois l’occasion de croiser une particularité paysagère à la fois attachante et émouvante. Vous savez, ces alignements de haies naturelles, souvent rectilignes, qui s’étirent avec élégance, parfois à perte de vue. Autrefois, elles servaient principalement à délimiter les parcelles que l’homme préservait : prairies, terres céréalières ou champs. Elles constituaient aussi un refuge précieux pour la faune : les chouettes effraies, notamment, y trouvaient des lieux propices pour nicher, s’abriter et s’adapter, tout comme de nombreuses espèces d’oiseaux qui utilisaient ces haies comme perchoirs.
Bien moins nombreuses aujourd’hui, ces bouchures subsistent encore au creux de certaines vallées ou dans les bocages, lorsque l’homme, par bienveillance envers son environnement, prend conscience de la richesse de ce patrimoine naturel et animalier aux multiples usages. Et ce n’est pas là une simple vue de l’esprit…
Ces haies rustques, vous les avez peut-être déjà vues sans les regarder vraiment. Elles tracent dans le paysage de longues lignes patientes, presque infinies, comme si la terre elle-même écrivait son histoire. Autrefois, elles dessinaient les limites d’un monde respecté : prairies préservées, champs cultivés avec mesure, terres habitées sans être domptées. Elles étaient des frontières vivantes, mais surtout des refuges. Là, la chouette effraie glissait dans l’ombre pour y nicher, s’abriter, vivre. Là encore, mille oiseaux trouvaient perchoir, halte et chant.
Aujourd’hui, ces lignes de vie s’effacent. Peu à peu, elles disparaissent, arrachées au silence, remplacées par d’autres logiques, d’autres urgences. Pourtant, il en subsiste encore, au creux des vallées, dans quelques bocages préservés — là où l’homme se souvient qu’il n’est pas seul à habiter le monde, et que la richesse d’un paysage ne se mesure pas seulement à ce qu’il produit, mais à ce qu’il abrite.
La bouchure n’est pas qu’un vestige. Elle est une mémoire vivante, un équilibre fragile, un lien entre l’homme et le sauvage. Et ce serait une faute immense que de la laisser disparaître — au nom d’un progrès qui, parfois, oublie de regarder ce qu’il efface.
Lorsque l’épinette
propose une recette
Et puis, au cœur de ces bouchures, là où la main de l’homme savait encore écouter la terre, pousse l’épine noire — discrète, rugueuse, presque secrète. De ses jeunes pousses naît parfois un autre héritage, plus intime encore : celui des gestes transmis, des recettes murmurées.
Il est un alcool que l’on tirait de ces jeunes rameaux. Une liqueur de patience et de mémoire. Rien d’écrit dans les livres du Berry, rien d’officiel — seulement une histoire vraie, confiée comme on transmet un trésor. Celle d’une mère de campagne, qui, au fil des saisons, allait cueillir avec soin ces pousses pour en tirer une boisson à son image : simple, forte et vivante.
On laissait macérer, longuement — dans l’eau-de-vie, le vin rouge, le sucre — trois semaines au moins, parfois davantage. Le temps faisait son œuvre, comme toujours. Et peu à peu, la nature infusait son caractère, livrait ses nuances, déposait dans la bouteille un peu de son âme.
En vérité, tout se prête à ces métamorphoses. Chaque pousse, chaque essence, chaque arbuste raconte une histoire différente. Il suffit d’un peu de curiosité, et d’un respect profond pour ce que l’on prélève. La campagne, elle, n’a jamais cessé d’inventer.
Ce récit-là ne s’écrit pas : il se devinent, au fond d’une bouteille oubliée, dans l’armoire massive de bois, dans les souvenirs qui tiennent chaud. Ils disent un rapport au monde plus humble, plus libre aussi — où l’on compose avec ce que la nature offre, sans la brusquer.
Je ne suis pas de celles qui s’enivrent de ce breuvage, mais je reconnais ce qu’il porte : une part de vérité rurale, parfois rude, parfois surprenante. Car oui, certaines histoires vont plus loin encore — jusqu’à ces bouteilles où l’on glisse une vipère dans la gnôle. Cela peut sembler incroyable… mon adolescence vu ! Pourtant, c’est aussi cela, la campagne : un mélange de savoir, de croyances et d’audace, que le temps n’a pas tout à fait effacé.
Une recette qui n’est en réalité issue d’aucun livre du Berry, mais de l’histoire réelle d’un ami qui se reconnaîtra et qui me l’a précieusement confiée comme témoignage. Celui d’une maman de la campagne, elle se livra en bien des occasions à la récolte pour la recette d’une liqueur. Elle peut aussi servir de base à n’importe quelles autres pousses d’arbustifs.
° À faire macérer dans de l’eau-de-vie, du vin rouge et du sucre, le tout pendant au moins trois semaines. En fait, on peut faire des alcools avec n’importe quoi. Chaque essence apporte un goût différent.
Vous pouvez même ajouter à un alcool fort toutes sortes d’ingrédients pour le parfumer.
Igrédients
1. Cueillir les jeunes pousses d’épine noire (prunelier) début mai, plutôt à la fraîcheur matinale.
2. Mélanger dans un grand récipient :
– 5 litres de Cabernet rouge (ou Sauvignon blanc)
– 1 litre d’eau de vie
– 750 grammes de sucre
– 5 poignées de jeunes pousses (longueur maxi 15 centimètres pour n’avoir que de la tige tendre)
3. Laisser macérer 3 semaines en remuant régulièrement. Stocker dans un endroit frais, sec et sombre, tel une cave.
4. Filtrer et mettre en bouteille. Servir frais.
À consommer avec modération.

Je suis de Guéret, dans de la famille qui est de la Creuse, le grand-père connaissait, mais c’était avec des mures, pas vraiment la même chose.
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C’est par le prunelier la pousse d’épines, d’épinete. Un bon apéro qui ne se fait plus vraiment.
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Il est devenu un peu sourd notre ami Cbiau, il faut donc lui parler du Bery un peu plus fort que nous avions l’habitude. C’est qu’il s’y connait à Montierchaume, ce goûteur de cru 🙃 !
Je comprends Daniel, les anciens connaissent plus la liqueur de prunelle faite ou pas avec la petite brindille écrasée en chemin, c’est pourtant ça qui torrifie l’ensemble.
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Dans la campagne de Saint-Just, je vous la prunelle quiu a vommencée à fleurir. J’aimerais essayer d’en faire . Je pense qu’il faut cueillir les pousses au printemps mais attention, ça pique!
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