Assez méconnue, mais passionnante, à la fois pour son histoire, ses qualités agricoles et le travail de ses éleveurs.
Dans ma campagne berrichonne, là où la terre colle aux bottes et où le vent connaît encore le nom des bouchures et l’entité de nos parlures, il arrive qu’une silhouette noire traverse la cour avec l’élégance d’une vieille duchesse. Ce n’est ni un corbeau mal luné, ni une ombre échappée d’un conte : c’est la poule noire du Berry.
Elle porte une robe d’encre aux reflets verts, comme si la nuit avait décidé de briller un peu. Ses yeux, eux, lancent des éclats cuivrés, l’air de dire : « Je t’ai vu venir, et je ne suis pas née d’hier. » Sur ses pattes bleu ardoise, elle marche sans se presser, avec cette assurance tranquille de celles qui savent gratter la terre mieux que quiconque. Car gratter, elle gratte. Avec application. Avec conviction. Avec philosophie, même. Chaque coup de patte semble dire : « Le monde appartient à celles qui cherchent sous la surface. » Et sous la surface, elle trouve tout : vers, graines, petits secrets de la terre… et parfois, on dirait, un peu de sagesse.
Côté caractère, elle n’est pas du genre à rester plantée là comme une potiche de basse-cour. Non ! Elle explore, elle vole, oui, madame vole ! Elle disparaît derrière une haie pour réapparaître ailleurs, comme si elle avait des rendez-vous importants à honorer. Une poule libre, en somme. Une vraie berrichonne !
Quant à ses œufs, ils arrivent sans tambour ni trompette, mais avec régularité. Des œufs simples, honnêtes, sans chichi — comme un bon pain de campagne. Et sa chair, dit-on, a le goût des choses qui ont pris leur temps. Le goût d’avant. Mais ne vous y trompez pas : derrière cette allure tranquille se cache une survivante. Elle a traversé l’oubli, résisté aux modes industrielles, et doit aujourd’hui son retour à une poignée d’humains un peu têtus — de ceux qui préfèrent sauver une poule que courir après le progrès à tout prix.
Dans les fermes du Berry, quand le Soleil decroit doucement à l’ouest, derrière les champs, on peut encore entendre son pas discret dans la cour. Et si l’on tend l’oreille, entre deux gloussements, il semble qu’elle raconte une vieille histoire, celle de la terre patient et de dignité. La sienne… Et peut-être, un peu, la nôtre.
Race originaire du Berry
Le magnifique et gracieux volatile au plumage sombre fut « créé » dans les années 1900, par « le baron Henri de Laage qui hbitait le château de Verneuil, à Vendoeuvres. Il entreprit des travaux de sélection de cette volaille, pour ses qualités de ponte et de sa chair » fine, au goût de noisette. Une silhouette typique « en bateau », un poids de 2,2 à 2,5 kg. C’est une race « mixte » : ponte & viande.
Après la Seconde Guère mondiale, elle disparait de nos élevages, remplacée par des races plus productives. Il faudra attendre les années 2000, avant de la voir ressurgir. Sa chair blanche et fine est goûteuse et de nombreux chefs cuisiniers berrichons la proposent à leurs menus. On la trouve encore, mais de nos jours, elle se fait très rare. Tout un code très stricte, en termes de réglementation d’élevage et s’entoure d’elle, cela restreint beaucoup les éleveurs…
- Filière structurée – Éleveurs amateurs – Jouer un rôle clé dans la sauvegarde.
- Quelques fermes seulement : race rare
- On parle d’une filière courte et locale, avec quelques dizaines d’acteurs.
- Besoin de grands espaces : race active.
- Production volontairement limitée : qualité & quantité.
- Risque de « fausses » Noires du Berry : hors filière
Elle doit sa survie
à un travail de passionnés :
Dans les années 1970, l’aviculteur Gaston Touraine relance la race à partir de croisements et de sujets retrouvés. Création d’organisations structurantes : ces structures ont permis de reconstituer et stabiliser la race.
- Club Français de la Poule Noire du Berry – 2004
- Union pour les ressources génétiques du Berry
Une volaille haute gamme
gastronomique
Au marché de Saint-Août, notamment, ou chez l’un de ces producteurs :
Argent/Sauldre, Crézancy, Faverdines , Châteaumeillant, Mézières-en-Brenne, Viq Exemplet, Briantes.
Coûts à prévoir : élevage
Achat
- Poussin : 5 à 10 €
- Poule adulte : 20 à 40 €
- Sujet sélection (éleveur sérieux) : parfois plus cher
Attention : race rare : privilégier les réseaux spécialisés
