Il y a des déménagements qui sentent le carton, la poussière et les regrets oubliés au fond d’un tiroir. Et puis il y a le mien : un déménagement qui sent la tomate mûre, la terre humide et le basilic un peu vexé.

Avant la première quinzaine de mai 2022
tout le potager a été déplanter
Il fut nécessaire de matérialiser l’idée au vu d’une toute aussi nécessaire transformation avant labourage suivit d’une réorganisation de fond en comble. Rien ne fut simple, car il fallut déplanter un à un le moindre végétal de cette partie du potager, tout en enlevant ce qui s’y trouvait jusque là.
Dans un premier temps, j’étends une bâche, cela va permettre de donner le temps de stockage. Puis, je procède au déplantage des fraisiers : ils seront mis en jauge dans une très grande coupelle à bac remplie d’eau. Cela, après avoir revisiter chaque fraisier, en supprimant préalablement les feuilles jaunies et vielles racines. Puis le tout recouvert d’un film plastique, en attendant leur replantation.
Déménager un potager, c’est un peu comme organiser une colonie de vacances pour légumes sensibles.

Au tour
des plantes aromatiques
J’ai sorti mes outils, parlé doucement aux plants et entrepris l’extraction. Déterrer une plante, c’est comme interrompre une conversation intime avec la terre. On s’excuse presque. Ne voulant courir le risque de perdre le moindre aromatique qui s’était montré si généreux au potager, alors je pris les dispositions nécessaires, n’épargnant pas le moindre plant d’anticipation sur le travail à réaliser.


Et puis, il y a eu l’installation
Le trajet fut… épique. Le basilic a failli faire un malaise au troisième rond-point. La menthe, elle, s’en fichait : elle envahit déjà son nouveau pot avant même d’y être arrivée.
Nouvelle terre, nouvelles odeurs, nouveau ciel. Un instant suspendu. Comme si le potager retenait son souffle. Puis, timidement, une feuille s’est redressée. Une tige a repris confiance. La vie, tout simplement, a recommencé.
Car un potager bio, ce n’est pas qu’un assemblage de légumes. C’est une petite société chlorophyllée, un théâtre discret où se jouent des drames minuscules et des joies silencieuses. C’est un poème qui pousse lentement, ligne après ligne, feuille après feuille. Aujourd’hui, ils sont tous là. Un peu déboussolés, un peu fatigués, mais vivants. Et moi aussi, d’ailleurs.
On dit souvent que déménager, c’est tourner une page. Moi, j’ai plutôt l’impression d’avoir replanté un chapitre. Et entre nous… je crois que les tomates aiment déjà la vue.
